Temps de lecture estimé : 7 minutes
Points clés à retenir
- Blanchir la viande avant cuisson pour un bouillon clair
- Cuire 1h30 à 2h à feu doux pour une viande fondante
- Lier la sauce aux jaunes d’œufs hors du feu, jamais sur la flamme
- Ajouter champignons et oignons grelots pour la version à l’ancienne
- Réchauffer toujours à feu doux, sans jamais faire bouillir la sauce
L’histoire et l’origine de la blanquette de veau à l’ancienne
Chez nous en Provence, on ne cuisinait pas beaucoup de veau — le mouton et l’agneau régnaient sur les tables du Sud. C’est en Bourgogne que j’ai appris à faire une blanquette de veau à l’ancienne de ma grand mère, chez une amie dont la famille tenait une ferme près d’Auxerre. Sa grand-mère écumait le bouillon avec une patience que je n’avais encore vue chez aucun cuisinier étoilé.
La blanquette est un plat du centre et du nord de la France, né dans les cuisines bourgeoises du XIXe siècle où l’on cherchait à sublimer des morceaux de veau peu nobles. On ne peut pas tricher avec ça : c’est une recette de patience, pas de technique compliquée.
Pourquoi la recette de grand-mère reste une référence
Ce qui distingue la version de grand-mère des versions modernes, c’est le refus des raccourcis. Pas de bouillon cube, pas de crème allégée, pas de cuisson pressée. J’ai ramené dans mes bagages cette conviction que la vraie blanquette se mérite : elle demande 1h30 à 2h de cuisson à feu doux, et rien ne sert de vouloir aller plus vite.
La sauce, en particulier, porte la signature de chaque famille. Certaines l’aiment citronnée, d’autres plus riche en jaunes d’œufs. La mienne penche vers l’équilibre — ni trop acide, ni trop lourde.

Les ingrédients indispensables pour une blanquette réussie
Pour 4 à 6 personnes, il faut compter 1,2 à 1,5 kg de veau. C’est la base, et elle ne se négocie pas.
Le choix de la viande
J’utilise un mélange d’épaule, de tendron et de collier. L’épaule apporte du moelleux, le tendron une texture plus gélatineuse qui enrichit la sauce, le collier un goût plus prononcé. Un bon boucher saura doser ces trois morceaux ; c’est la saison qui décide aussi, parfois, de ce qu’il a de mieux ce jour-là.
Les légumes et aromates
La garniture aromatique se compose de carottes, d’un poireau, d’un oignon piqué de clous de girofle et d’un bouquet garni généreux. Thym, laurier, quelques queues de persil. Ces légumes parfument le bouillon pendant la cuisson de la viande, puis certains sont retirés, d’autres servis dans l’assiette.
Les éléments de liaison de la sauce
La sauce blanquette repose sur trois piliers : le roux blanc (environ 60 g de beurre pour la liaison), la crème fraîche épaisse et les jaunes d’œufs. Je compte généralement 2 à 3 jaunes pour lier la sauce en fin de cuisson. Jamais plus, sous peine de la rendre écœurante.
La préparation étape par étape
Le blanchiment de la viande
Première étape, souvent négligée : le blanchiment. On plonge les morceaux de veau dans l’eau froide, on porte à ébullition, puis on jette cette eau et on rince la viande. J’ai appris ça à mes dépens la première fois que j’ai oublié cette étape — la sauce était trouble, presque grise.
Le blanchiment retire les impuretés et l’écume qui, sinon, troublent le bouillon final. C’est un geste simple, mais il fait toute la différence entre une sauce nacrée et une sauce terne.
La cuisson du bouillon et des légumes
La viande blanchie repart dans une eau froide fraîche, avec le bouquet garni et l’oignon clouté. On porte doucement à frémissement. Jamais à gros bouillons — et on laisse cuire 1h30 à 2h à feu doux. Les carottes et le poireau rejoignent la marmite 20 à 30 minutes avant la fin, pour rester fermes sans se déliter.
La confection du roux blanc et de la sauce
Pendant ce temps, on prépare le roux : beurre fondu, farine incorporée, cuisson de quelques minutes sans coloration — d’où le nom « roux blanc ». On le détend ensuite avec le bouillon filtré, chaud, en fouettant pour éviter les grumeaux. La sauce mijote alors 15 à 20 minutes à feu très doux jusqu’à napper la cuillère.
Les astuces de grand-mère pour une viande tendre et une sauce onctueuse
Il faut prendre le temps : c’est le secret le mieux gardé et le moins suivi. Une cuisson trop rapide donne une viande filandreuse, quel que soit le morceau choisi.
Pour visualiser le geste exact de la liaison hors du feu, la chaîne Gourmandises TV détaille en vidéo cette blanquette de veau à l’ancienne façon grand-mère.
Le temps de cuisson à feu doux
Le feu doux n’est pas une option, c’est une condition. À gros bouillons, les fibres de la viande se contractent et durcissent. À feu doux, elles se détendent lentement et libèrent leur gélatine, ce qui rend la viande fondante et enrichit naturellement la sauce.
L’ajout du jus de citron et des jaunes d’œufs hors du feu
Voici le geste que ma grand-mère bourguignonne d’adoption m’a transmis avec le plus de solennité : les jaunes d’œufs et le jus de citron s’ajoutent hors du feu, jamais en cours de cuisson. On mélange d’abord les jaunes avec un peu de sauce chaude, hors flamme, pour les tempérer, puis on incorpore le tout dans la casserole retirée du feu. Sur le feu direct, les jaunes cuisent trop vite et grainent — la sauce perd alors son onctuosité et devient granuleuse.
Le jus de citron, ajouté au même moment, réveille l’ensemble et empêche la sauce de tomber dans la lourdeur.
Les variantes régionales et personnelles de la blanquette
Blanquette avec ou sans vin blanc
Certaines familles ajoutent un filet de vin blanc sec au bouillon, ce qui apporte de l’acidité et de la profondeur. D’autres s’en passent entièrement, préférant la pureté du bouillon de veau seul. Je fais les deux selon l’humeur et ce qu’il reste dans la bouteille ouverte la veille.
Blanquette avec champignons et oignons grelots
La version la plus courante ajoute des champignons de Paris et des oignons grelots, sautés séparément au beurre citronné pendant environ 10 minutes, avant d’être incorporés à la sauce en toute fin de préparation. Ce sont ces deux éléments qui, pour moi, distinguent une blanquette « à l’ancienne » d’une blanquette simplement correcte.
Quel accompagnement choisir pour la blanquette de veau
Le riz basmati traditionnel
Le riz basmati reste l’accompagnement le plus répandu, et pour une bonne raison : il absorbe la sauce sans la masquer. Un riz cuit à l’eau salée, légèrement ferme, suffit amplement.
Les pommes de terre vapeur et le vin blanc
Chez nous, je sers parfois des pommes de terre vapeur à la place du riz, surtout en hiver. Côté vin, un blanc sec de Bourgogne ou un Chablis accompagne naturellement le plat — la table est prête dès que le vin a eu le temps de respirer une vingtaine de minutes.
Conservation et réchauffage de la blanquette
Conservation au réfrigérateur
La blanquette se conserve 2 à 3 jours au réfrigérateur, dans un récipient hermétique. Elle est même meilleure le lendemain, une fois que les saveurs ont eu le temps de se lier.
Congélation et réchauffage sans faire bouillir la sauce
Elle se congèle bien, à condition de séparer si possible la viande de la sauce. Au réchauffage, on procède toujours à feu doux, sans jamais laisser bouillir : une sauce liée aux jaunes d’œufs qui bout risque de trancher et de perdre sa texture. Quelques minutes suffisent, en remuant régulièrement.
Questions fréquentes
Quel vin choisir pour accompagner une blanquette de veau ?
Un vin blanc sec et rond convainc le mieux face à la richesse de la sauce. Je privilégie un Chablis ou un Mâcon-Villages, dont la fraîcheur équilibre la crème sans écraser le veau.
Quelle différence entre la blanquette de veau à l’ancienne et la blanquette classique ?
La version « à l’ancienne » respecte le blanchiment préalable de la viande, la liaison aux jaunes d’œufs et jus de citron hors du feu, et l’ajout de champignons et d’oignons grelots. Les versions modernes, plus rapides, sautent souvent ces étapes au profit d’une crème simple, ce qui donne une sauce moins fine et une viande moins tendre.



